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Les Insupportables vous ont présenté le

FestivalManké 2004
Festival parallèle de musique contemporaine

Réunion de chantier
Samedi 6 novembre 2004

Un cinquième Manké en grand format et en couleurs !

A l'heure où le très officiel festival Manca déployait la pompe de ses "grands travaux" de circonstance en principauté de Monaco, son audacieux challenger, le groucho-Marxiste festival Manké, fêtait le 6 novembre 2004 sa cinquième édition avec une bruyante "réunion de chantier" au Cedac de Cimiez à Nice. Devant une foule toujours plus dense restée mobilisée six heures durant, ce festival atypique a proposé, en une seule et folle soirée, une vaste rétrospective de ses quatre premières éditions, ce qui a permis de retrouver sur scène une trentaine d'artistes ayant jalonné sa courte et déjà tumultueuse histoire. Pas moins de dix concerts, enchaînés sur un rythme aussi précis qu'infernal de 18h00 à minuit, ont offert un extraordinaire panorama de langages musicaux dont la juxtaposition faisait apparaître le caractère novateur ou décalé, férocement Manké.

Dès l'ouverture, l'inédit trio Magic Band of Gypsys (Djho, Philippe Robert & Henri Roger) a installé un climat hypnotique confirmant que l'improvisation radicale est, par-delà les différents choix esthétiques, le noyau dur du festival Manké. La troublante cantatrice luxembourgeoise Dani Sales a ensuite ému l'auditoire avec les premiers extraits de son poétique et lyrique work in progress "La mémoire et l'écume" élaboré avec Francine di Mercurio. Puis, les jazzmen virtuoses de la Compagnie So What ont dignement honoré le dédicataire des lieux (on n'est pas salle Stéphane Grappelli pour rien !) avec un minimalisme free parfois impressionniste - révérence envers Erik Satie - et toujours swinguant.

Le Manké, qui s'affirme comme le festival local des musiques de demain, cultive également une certaine idée de l'identité. Ainsi, Guignol's band a réitéré sa fameuse "Nuit bleue" sous forme d'un instant corse aussi violent que bon enfant, sorte de rituel sacrificiel d'un fou chantant, prélude idéal aux chants traditionnels méditerranéens de l'atelier vocal de Carros devenu "L'Air de rien", respiration acoustique bienvenue dans le tourbillon des événements, sous la conduite très dynamique de Danielle Franzin. La tradition fut alors librement bousculée par l'innovation avec Joëlle Vinciarelli, qui nous a transportés, de chansons off en boucles répétitives, vers "Another day in Paradise", avec les seules ressources de sa voix magique et de l'instrumentarium élargi de la musique naïve.

Plus que jamais, ce festival parallèle de musique contemporaine poursuit son improbable et désopilante mission : répandre la pourriture noble de l'amateurisme - l'esprit de Satie, encore… - et de l'improvisation sur les étendues desséchées de la culture officielle. Alors, unité de lieu, unité de temps, unité d'action ? "Vercingentorixe", la pseudo-tragédie gauloise du vertueux ou virtuel Marquis de Bièvre, donnée ici en version de concert avec intermèdes musicaux improvisés en direct depuis son ordinateur par Pyo Pulisciano, a une fois de plus étonné par son pouvoir éternellement recommencé de mêler le fou rire à la plus grande perplexité. Un peu plus tard dans la nuit, Jean-Christophe Bournine et le toujours redoutable Pyo ont violemment alterné contrebasse expérimentale et électronique extrême dans une séance de "Plaisirs solitaires" aux frontières de la jouissance et de la douleur.

Au milieu de ce flot d'émotion et de musique, les deux brillantes interventions du professeur Matteo Lucien de Gaillard, Docteur Honoris Causa de l'Université de Salem, sont venues instiller un peu de rigueur scientifique et musicologique dans le Manké, d'abord à propos de la figure mythique de la regrettée Jenni de Guermane (texte de la conférence disponible > ici), puis, remarquablement secondé par sa délicieuse assistante Maryse, à propos de la "main occulte" qui saisit insidieusement le monde des musiques populaires (texte de la conférence disponible > ici). Enfin, cette édition anniversaire s'est achevée comme il se doit sur un rythme de boléro, par la performance du Power trio, avec le Maestro Guy Reyes et Ismaël Robert, dans un cataclysme flamenco et post-free-jazz proche de la terreur sonore.