Si vous avez manqué :
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CD "Résumé 2002"

1. un ami qui vous veut du bien [1'10]
2. adult oriented jazz il mito primitivo reyes & mallen [7'03]
3. l'ombre d'un papillon intro dani sales [1'08]
4. yin yang thème sébastien dutertry [1'02]
5. satie performance samba henri roger [2'07]
6. perturbations atmosphériques un chat djho & christian hibon [0'28]
7. vercingentorixe prélude scène V the wigs project [0'47]
8. l'ombre d'un papillon ordonnance dani sales [2'16]
9. vercingentorixe extrait scène VII troupe [0'51]
10. yin yang variation sébastien dutertry [0'53]
11. perturbations. l'origine du monde djho & christian hibon [1'05]
12. adult oriented jazz fragment power trio [2'20]
13. perturbations. mains mortes de la nuit djho & christian hibon [2'18]
14. satie performance presque gymnopédie henri roger [3'13]
15. perturbations. injustice ne pas être isabelle [1'15]
16. yin yang adagio sébastien dutertry [1'41]
17. perturbations. dans la cellule d'à côté ne pas être isabelle [2'12]
18. vercingentorixe extrait scène II + prélude III troupe + wigs [0'51]
19. l'ombre d'un papillon aquarium dani sales [2'23]
20. satie performance harmonium henri roger [2'46]
21. yin yang crescendo sébastien dutertry [1'07]
22. l'ombre d'un papillon sa caresse dani sales [1'20]
23. vercingentorixe scène VI + préludes VI et VII tina + wigs [3'26]
24. perturbations. nord djho & christian hibon [1'55]
25. adult oriented jazz le boléro power trio + reyes & mallen [12'30]
26. satie performance ça rien qu'ça henri roger [0'55]
27. un succès populaire [1'12]

ATTENTION !
EXTRA LO-FI


Durée totale : 60'38. Enregistrements numériques réalisés en direct sans aucun mixage ni traitement lors de la troisième édition du FestivalManké "le ver dans le fruit", du 30 octobre au 5 novembre 2002 au Théâtre des Oiseaux, Vieux Nice ; matriciage, maquettage et gravage : les insupportables.

Et merci d'écouter !
Les Insupportables vous ont présenté le

ToujoursManké 2002
Festival parallèle de musique contemporaine

Le ver dans le fruit

> mercredi 30 octobre 2002
"Ana-Lena Blumfeldts Schmetterlingsschatten"
Textes : Michel Grevis / Musique : Camille Kerger
Interprétation vocale : Dani Sales
Création française

Créé en l'an 963 au sein du Saint Empire romain germanique à la suite du morcellement de la Lotharingie, le Luxembourg, qui entra dans la CEE dès 1958, reste trop méconnu du public des mélomanes européens. Parmi ses 410 000 habitants se trouvent pourtant nombre d'auteurs, de compositeurs et d'interprètes de talent. C'est pourquoi le FestivalManké a souhaité ouvrir son édition 2002 par la création française de "Ana-Lena Blumfeldts Schmetterlingsschatten".

L'ombre d'un papillon d'Ana-Lena Blumfeldt est un ensemble de sept lettres et de huit poèmes écrits durant la deuxième guerre mondiale, exhumés par l'écrivain Michel Grevis, mis en musique sous forme d'un cycle de Lieder pour voix et vibraphone par le compositeur Camille Kerger, et interprétés par la cantatrice Dani Sales. La neutralité de l'Etat luxembourgeois, acquise en 1867, ne lui a pas épargné deux occupations allemandes, d'abord entre 1914 et 1918, puis entre 1940 et 1944. Les tourments engendrés par ces événements dramatiques ont étrangement trouvé une traduction artistique dans la mémoire du peuple du grand-duché. C'est en effet de cette sombre période que datent les textes chantés ce soir par Dani Sales.

Michel Grevis a sorti de l'ombre ces témoignages poignants écrits par une jeune femme en 1941-1942. Camille Kerger, à l'instar de Chostakovitch avec ses Romances sur des textes du courrier des lecteurs de la revue Krokodil, ou de Mossolov avec ses petites annonces de journaux, a accompli la prouesse de mettre en musique des mots qui, à l'origine, n'étaient pas destinés au chant. Dani Sales, qu'on identifie souvent à ce cycle peu banal (qu'elle a récemment enregistré intégralement en compagnie d'un vibraphoniste), se livre actuellement à des expériences novatrices sur le chant subaquatique (clin d'oeil ou hommage involontaire à Michel Redolfi, ancien directeur du Cirm ?). Elle a donné une vision formellement nouvelle - en solo - de cette oeuvre emblématique du renouveau de l'art luxembourgeois. Ce fut assurément une expérience inédite et une bien belle soirée d'ouverture.


> vendredi 1er novembre 2002
"Yin Yang" de Sébastien Dutertry / interprétation dirigée par l'auteur
Création mondiale

Le jeune compositeur Sébastien Dutertry ambitionnait de célébrer l'union - qui apparaîtra scandaleuse auprès des oreilles conformistes - de la glace et du feu, en réalisant la chimérique fusion entre Heavy Metal et musique classique. Si l'on sait depuis longtemps que les guitar-heroes de la scène hard-core sont accablés d'harmonies baroques et de formes classiques, on découvre avec surprise que les acteurs de la musique classique d'aujourd'hui sont prêt à s'encanailler avec les riffs électriques les plus redoutables et n'hésitent pas à faire valser Debussy et Metallica, passant outre les résistances de l'impressionnisme de l'un et du romantisme noir des autres. Véritable ode virtuose à une fusion globale du mouvement et de la passivité, l'oeuvre de Sébastien Dutertry, écrite spécialement à l'occasion du FestivalManké, fut sévèrement interprétée par l'auteur, avec le concours d'une chanteuse lyrique et du guitariste Julien Wak.

"Satie Performance"
Musiques composées par Erik Satie
Déchiffrées et déjouées par l'improvisateur Henri Roger


"Tout le monde vous dira que je ne suis pas un musicien. C'est juste.", aimait dire, hautain, Erik Satie (1866-1925). Il est admis que chaque discipline artistique recèle ses génies à contre-courant. Ainsi le FestivalManké a-t-il pu donner à entendre une oeuvre majeure d'un autre "non-musicien", Alphonse Allais, contemporain de celui qu'il appelait affectueusement "Esotérik Satie". A la frontière de l'art et du rien, ces riens qu'on empile pour en faire quelque chose, se pose la question de la naissance de la musique comme une parturition spontanée. Si telle est la question, elle ne pouvait être envisagée que par le biais d'une dissection de l'oeuvre d'un musicien libre et affranchi de tout courant comme de lui-même. Chez Satie, l'art commence avant même la musique, dont la finalité est d'être le théâtre d'une prière mimée de l'intérieur et dont le propos doit rompre avec toute la rhétorique pseudo profonde héritée des romantiques. En effet, comme le disait John Cage avec admiration : "Tout ce que Satie faisait, c'était de se débarrasser de la choucroute".

C'est pourquoi le FestivalManké proposa cette expérience inédite : une performance publique de déchiffrage - défrichage ? - d'oeuvres célèbres ou moins connues d'Erik Satie, en solitaire et sans filet, par un interprète non familier de ces pages. Henri Roger est un pianiste et guitariste "tout terrain". Depuis 1975, il a notamment joué avec Mama Béa, Catherine Ribeiro, ainsi qu'en solo et trios de jazz contemporain. Motivé par l'injonction d'Henri Michaux : "Va assez loin en toi pour que ton style ne puisse pas suivre" - ce que Satie, cultivant l'affranchissement permanent du style et de l'idée, n'aurait pas renié - , il a trouvé dans le JE collectif improvisé en public cette occasion d'aller plus loin, dans un moment fort d'échange, de liberté et de création, au-delà du rationalisme classificateur de notre société. Cette performance le livra, seul et nu, face au jugement de ses contemporains, sans l'airbag de la répétition ni même le confort de l'inconnu. Plus que jamais, le FestivalManké entend promouvoir ce genre d'entreprises extrémistes où l'absurde le dispute à la mystification - décidément, Allais n'est pas loin... -, qui sont les ultimes lieux de révélation de l'essence de l'art.

> samedi 2 novembre 2002
"Perturbations atmosphériques"
Carte blanche à Joëlle Vinciarelli (voix, instruments divers)
Christian Hibon
(textes, déclamation)
Florence & Benoît Gsell
("Ne pas être Isabelle")

Joëlle Vinciarelli est artiste-peintre, discophile, chanteuse et instrumentiste, ou plutôt une multi-instrumentiste comptant la voix parmi ses instruments. Co-fondatrice du groupe "Not To Be" (remarqué au Festival Manca 1994) avec lequel elle a inventé le concept de "musique naïve", on l'a entendue depuis dans divers contextes (Groupement de Libres Improvisateurs, Cielago, etc.). Rien d'étonnant donc à ce que le FestivalManké ait proposé une carte blanche à cette artiste aventureuse. Pour l'occasion, Joëlle Vinciarelli avait choisi d'inviter le poète arlésien Christian Hibon (qui se livrera à une déclamation de ses oeuvres), puis Florence & Benoît Gsell, ancrés dans la chanson poétique. Le vernis littéraire de cette soirée fut soumis à des perturbations - nacousmatives, acousnaïves, atmosphériques ? - chavirant doucement les textes et les ritournelles dans un étrange climat, entre manifeste bruitiste et suspension sonore.

En deuxième partie :
"Vercingentorixe"
Tragédie du marquis de Bièvre
Création mondiale en version de concert (lecture, avec intermèdes musicaux acoustiques et électroniques de The Wigs' Project)
Commande du FestivalManké

L'auteur : Prince du calembour, Georges de Bièvre fut, à la fin du XVIIIe siècle, l'une des figures les plus célèbres de la cour et des salons, où ses jeux de mots, ses réparties satiriques, son humour pince-sans-rire et sa manière très rigoureuse de débiter ses calembredaines déclenchaient à tout coup les éclats de rire. Haï des philosophes, pour lesquels une phrase comme "une secrète horreur me glace au chocolat" déniait tout sérieux à la langue de la raison, l'auteur de la Lettre à la comtesse Tation, des Réflexions utiles de l'abbé Quille, des Bièvriana, ou encore des Amours de l'ange Lure, n'en fut pas moins aussi celui qui rédigea pour d'Alembert un article sur le sujet dans l'Encyclopédie.

L'oeuvre : Loin des espagnolades cornéliennes et des brouets antiques du siècle précédent, Vercingentorixe, dont le caractère prémonitoire des troubles révolutionnaires trouve aujourd'hui une inquiétante résonance, apparaît sans rire comme la première grande tragédie nationale (?) de l'histoire de l'art dramatique français.

L'interprétation : Sans recours à une quelconque mise en scène, le texte fut lu par une troupe ad hoc réunie autour du noyau dur du FestivalManké. La partie musicale consista en une série d'intermèdes instrumentaux improvisés, miroir déformant des partitions que Charpentier ou Lully auraient pu composer pour les pièces de Molière ou de Racine. La réalisation en fut confiée à The Wigs' Project, ensemble à perruques et à géométrie variable (Ozkär Krapö, Padre Pyo, etc.), modérément concerné par le XVIIIe siècle et l'esprit des Lumières mais doué d'une puissante projection dans les temps nouveaux, qui se traduisit par un mélange toxique de sons électroniques et d'esthétique post-punk, apte à exciter les mouches élégamment disposées sur le visage du brillant marquis.

> mardi 5 novembre 2002
"Adult oriented Jazz"
Improvisations libres par Guy Reyes (guitare, voix, bandes) & Eduardo Mallen (percussion) ; Guignol's band réuni en Power trio : Marcel Bataillard (ondulateur analogique), Frédérik Brandi (batterie acoustique) & Kristof Everart (trombone ténor)

Inauguré à Roquefort-les-Pins en mai, interdit à Art Jonction à Nice en juin, présent aux funérailles de la Nouvelle Ecole de Nice à Aspremont en juillet 1998, réapparu à Carros l'année suivante, révélé au FestivalManké en novembre 2000, commanditaire et créateur d'un concerto pour violon avec Jean-Wolf Rosanis au FestivalManké 2001, récemment annulé au marché, refusé en prison, exalté chez Ivana Milovic et même égaré chez Dachi, le Power trio est la formation strictement musicale issue de Guignol's band.

Cet ensemble à la composition immuable (ondulateur analogique, batterie acoustique, trombone ténor) s'est donné pour mission de célébrer les noces de la violence et de la liberté, car la musique fait mal. Le style Free-Jazz-New-New-Orleans du Power trio, sa méthode d'improvisation absolue et le caractère parfois insupportable de ses performances en font un voyage au centre du monde, là où les bêtes noires sont torturées par Lucifer.
Special thanks to Albert Ayler, Albert Camus, Duke Ellington, Andrea Mantegna, Motörhead, Marc-Edouard Nabe, Pascal Quignard, Giacinto Scelsi, André Suarès & John Zorn.

Qui souhaitait découvrir "un bruit incompréhensible et qui rabâche, un bruit dont on ne sait pas s'il est querelle ou tambourinement, halètements ou coups" put donc utilement venir assister à cette performance. Pour l'occasion, le Power Trio s'était adjoint les services de deux prestigieux invités d'un soir (Guy Reyes et Eduardo Mallen) et le tout donna une couleur inédite, flamenca et radicale à ce concert, notamment au travers d'une reprise en main assez musclée du "Boléro" de Maurice Ravel. Bref une clôture très Manké.


La soirée de clôture du FestivalManké 2002 était parrainée par l'A.A.O.J. (Association for Adult Oriented Jazz)